Livres à paraître

L’homme aboli ou le triomphe des sciences sociales
FRIEDRICH HENRICH TENBRUCK

L’homme aboli ou le triomphe des sciences sociales marque un tournant profond dans l’œuvre de F. H. Tenbruck. Introducteur militant des sciences sociales américaines en Allemagne après la guerre dans le cadre de la rééducation, il a pris progressivement ses distances par rapport à un ensemble de disciplines dont il a perçu le côté idéologique : la sociologie a pu en effet dissimuler une forme de discours global, un méta-discours sur la société dont les présupposés sont loin d’être neutres.

Friedrich H. Tenbruck montre comment la sociologie constitue une forme d’idéologie réductionniste qui aboutit à l’abolition de l’homme dans son individualité et à son formatage par le biais de la socialisation. Il a notamment en tête la théorie des rôles sociaux qui brise l’unité de l’individu pour ne le considérer qu’au travers des différents rôles qu’il assume dans la société - l’individu au travail, l’individu citoyen, l’individu consommateur, l’individu en famille, etc. - et dans lesquels il est censé agir en fonction d’un certain nombre de modèles qui s’imposent à lui. La norme statistique s’érige en norme sociale par le biais du conformisme et le nouvel homme est celui qui émerge de la société pour la représenter. Là est toute l’originalité de la critique de F. H. Tenbruck dont on ne retrouve pas d’équivalent français. En quelques décennies, les sciences sociales ont fait brusquement irruption dans le monde. Héritières des Lumières et nées dans le contexte de l’historicisme progressiste moderne, elles ont imposé aux religions (par le biais notamment de la sociologie des religions) et aux idéologies une image profane du monde. En se présentant comme sciences, leur prétention est tout simplement de dévoiler la vérité sur toute chose. Tenbruck donne quelques pistes de solution mais l’essentiel tient finalement dans une domestication de la sociologie qui passe par l’abandon de la théorie de la société.