Du pouvoir dans la modernité et la postmodernité


Revue de presse
Débat : la notion chrétienne du pouvoir face à la laïcité

La venue de Benoît XVI en France et son discours à l’Elysée ont remis sur le devant de la scène la question de la laïcité et, plus largement, des rapports entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. C’est aussi un thème qu’avait abordé d’une manière renouvelée l’espagnol Javier Barraycoa dans son livre, Du pouvoir dans la modernité et la postmodernité. Prenant la forme d’un décorticage critique de la notion de pouvoir dans la modernité et la postmodernité, le livre s’achève en quatre pages par « dix propositions face au pouvoir » dont l’objectif est de tracer les grandes lignes d’une transition hors du système moderne. Ces propositions très concrètes de Barraycoa ont fait l’objet d’une table ronde que nous publions ici.

(L’Homme nouveau, n° 1430, 11 octobre 2008, Dossier, p.4 à 8)

Guillaume Leroy

Héritier talentueux des travaux du visionnaire Tocqueville mais aussi de ceux d’Hannah Arendt, l’auteur met à nu quelques paradoxes de la modernité et montre la logique interne de ces apparentes contradictions : l’autorité disparaît et le pouvoir s’étend, l’avènement de la démocratie est celui du totalitarisme, l’individualisme grandit avec le renforcement de l’État ; le sentiment de liberté remplace les libertés réelles. [...]
Aux frontières de la sociologie et de la philosophie politique, voici un décorticage critique de la conception moderne du pouvoir, née du rejet de l’autorité et de la contrainte extérieure. Un livre à mettre entre toutes les mains pour goûter la substance du monde dans lequel nous vivons.

(Polémia, 25 mai 2006)

Aventures et dossiers secrets de l’Histoire

L’auteur se livre à une intéressante analyse chirurgicale du phénomène moderne du pouvoir ; et autant dire que son scalpel tranche dans le vif !
[... Il] prône de manière traditionnelle, pour une véritable restauration du politique, en sortant du cercle vicieux de l’obligation moderniste de rallier la logique des jeux de pouvoir. Un livre revigorant, touffu, qui pousse à repenser ses actions car « cesser d’avoir peur de penser et d’agir a toujours été le remède aux totalitarismes, quels qu’ils soient ».

(Aventures et dossiers secrets de l’Histoire, Hors collection n° 37)

Maurice Gueneau

La démarche du livre vise à retrouver comment l’on est arrivé au « triomphe d’un démocratisme universel [...] sur le point d’être consommé sans la participation de l’homme concret, de l’homme historique ». Ce parcours visite au passage les Lumières, la Réforme et la sociologie, celle de Max Weber notamment, pour en faire une relecture qui conforte un parti pris traditionaliste. Quelques pages sont consacrées aux transmutations idéologiques liées à la Réforme. Le rôle du calvinisme est mis en lumière : « les théoriciens calvinistes, en suivant un processus accéléré de sécularisation, préparent progressivement la voie pour l’élaboration du concept de Pacte ou de Contrat social » oùl’on s’en remet à l’État et non plus à Dieu.

(LibreSens, juin-juillet 2006)

Romain Bénédicte

Le sociologue espagnol Javier Barraycoa précise dans quel sens le monde postmoderne conçoit la fidélité : « une exacerbation de l’individualisme qui exige que l’on idéalise quelque peu les relations ». D’où le paradoxe de notre société. Moins les conditions de la fidélité sont présentes dans la réalité, plus la fidélité s’impose comme un idéal.

(Objections, février 2006)

Lecture et Tradition

Cette réflexion sur le pouvoir entraîne beaucoup plus loin que ne peut le laisser penser le titre... Toutes les composantes de la société, toutes les activités humaines sont étroitement liées à l’application d’une théorie particulière du pouvoir. L’auteur ne se limite pas à une simple dissertation mais il propose, des solutions pratiques pour se sortir de ce cercle vicieux. Barraycoa sait où nous en sommes et sait où il faut aller. Ce que Jean de Viguerie est à l’histoire, Xavier Martin au droit, nous ne doutons pas que Barraycoa le soit à la philosophie politique.

(Lecture et tradition, n° 355, sept 2006)

Stéphen Vallet

Préfacé par Thibaud Collin, cet essai qui ressortit de plusieurs disciplines est une exploration des plus fascinantes sur l’évolution du pouvoir et de l’autorité depuis les Lumières. Passant de la tension entre primat de la liberté individuelle et nécessité de la vie sociale à la mort du politique, le pouvoir va devenir multiforme et neutre. Il sera dès lors ouvert de plus en plus à l’action de tous les lobbies. Cette partie descriptive, captivante au plan philosophique et historique, se complète d’une tentative plus prospective qui vise à réfléchir sur l’état de la question. Pour l’auteur, la question est de savoir s’il faut s’insérer à l’intérieur du pouvoir post moderne pour tenter de la réformer. Sa réponse va clairement dans le sens de la négative [...] Un constat qui n’est pas facile à accepter tant il donne l’impression d’une incapacité à agir. Ne pas agir ? Javier Barraycoa ne s’y résout pas non plus. Il entend plus radicalement revenir à certains préalables qu’il résume en dix propositions. A lire

(L’Homme nouveau, 30 septembre 2006)

Denis Sureau

Cet essai bref mais stimulant d’un philosophe espagnol de 43 ans est une contribution à la « déconstruction » des concepts d’une modernité politique dont nous observons aujourd’hui l’aboutissement sous la forme d’une démocratie devenue totalitaire. Parmi les notions les plus utilisées - quoique rarement définies - par les sociologues, celle de « pouvoir » occupe une place centrale. L’auteur prend soin de la distinguer de l’autorité morale. Et il montre que l’extension progressive et comme illimitée du pouvoir à l’époque moderne procède à la fois d’un volontarisme politique et d’une sécularisation de catégories théologiques : « un volontarisme qui traça les contours de formes pseudo-religieuses d’auto-rédemption ». Nous vivons aujourd’hui l’ultime étape, dominée par la mort du politique. Ce qui n’empêche pas l’auteur, pour n’être pas complètement négatif, de formuler en conclusion dix propositions pour sortir du chaos. Ce livre riche et décapant est en consonance avec les travaux de la nouvelle théologie politique qui émerge dans les universités anglo-saxonnes, illustrée notamment par William Cavanaugh et le mouvement Radical Orthodoxy.

(Chrétiens dans la Cité, 15 avril 2006)

Bernard Dumont

L’intérêt réside surtout dans le deuxième terme de son sous-titre, le pouvoir d’aujourd’hui, réputé transparent mais partout disséminé et prétendant trouver sa justification dans sa déliaison d’avec la territorialité. Les deux premières parties démêlent la question auprès de sociologues et philosophes, certains peu lus en France (von Humboldt, Krause). La responsabilité du protestantisme dans l’élaboration de la pensée politique moderne est présentée en dix pages particulièrement synthétiques (84-95), d’où il ressort que la théorie holiste moderne est une « théologie politique » qui transpose les conceptions protestantes dans une société séparée de Dieu. Le principal est dans la petite synthèse concernant le pouvoir dans la postmodernité, qui accomplit plus qu’il ne rompt avec les prétentions de l’Etat de la période moderne. Puisant chez Mannheim, Canetti, Lasch, Fromm, J.Barraycoa constate que l’on ne cherche plus aujourd’hui à conquérir le pouvoir, mais à « être inclus dans les structures dominantes », des structures fluides qui permettent l’exercice d’une violence psychique anonyme en vue d’obtenir l’acquiescement de ses victimes. [...] De très nombreuses pistes sont ainsi ouvertes. [...] Il faut donc en retenir une incitation à l’étude, doublée d’un guide, méditant la dernière formule de Javier Barraycoa : « Cesser d’avoir peur de penser et d’agir a toujours été le remède aux totalitarismes, quels qu’ils soient. »

(Catholica, printemps 2006)

Yves Chiron

Les analyses de Javier Barraycoa renouvellent les critiques anciennes de la démocratie, et par certains aspects elles les répètent sous une forme nouvelle et un argumentaire nouveau.
L’anarchiste Stirner, cité dans ce livre, a souligné, il y a longtemps déjà, l’absolutisation de l’Etat moderne : « Le monarque, en la personne du “roi souverain”, était un bien piètre monarque en comparaison du nouveau, la “nation souveraine”, monarchie mille fois plus tranchante, dure et conséquente. [...] La Révolution a transformé la monarchie limitée en monarchie absolue. Désormais, tout droit qui n’est pas conféré par ce monarque est “usurpation”, tout privilège qu’il accorde, en revanche, “droit”. »
Le concept de souveraineté du peuple est le résultat d’un « processus d’immanentisation  » dit Barraycoa ; « la radicalisation des formes antérieures de l’immanentisme », avait déjà dit Eric Voegelin. En d’autres termes, la sécularisation du politique est « une tentative d’éliminer tout vestige d’une source de pouvoir qui ne soit pas le peuple même ». « Non à une loi morale qui primerait la loi civile », a dit notre président Chirac.
Cet enfermement amène l’Etat à « monopoliser la sphère publique », et aussi à placer dans la sphère publique tous les aspects de la vie sociale et même de la vie privée.
On ne peut relever ici tous les aspects intéressants de ce livre, qu’il s’agisse de l’analyse des mécanismes de la « tyrannie de l’opinion publique » (selon l’expression de Tocqueville) ou de l’origine protestante de l’immédiatisme du pouvoir (a contrario de la doctrine traditionnelle de la médiation). En revanche, on pourrait discuter certains aperçus de la pensée de l’auteur. Par exemple, l’affirmation que « la doctrine du droit divin des rois est moderne et apparaît comme opposée à la doctrine médiévale traditionnelle du pouvoir et de l’autorité » (p. 61). Ou encore, l’assimilation, implicite (p. 113 et 123), de la force et de la violence - à la suite de Max Weber sans doute.
On sera pleinement d’accord, en revanche, avec la première des dix propositions de l’épilogue : « Restaurer l’ordre politique n’est possible qu’à la condition de reprendre la distinction traditionnelle entre “pouvoir” et “autorité”. La démocratie postmoderne, à l’instar des régimes que la modernité a produits, prétend reconduire une conception du politique réductible à la structure de pouvoir. L’“autorité” en tant que référent non coercitif, essentiellement moral et incarnant des principes transcendants dans l’histoire réelle et politique, est la seule et véritable limite du “pouvoir”. Sans limites, le pouvoir tend à s’étendre et s’absolutiser, quoique de manière démocratique. »

(Présent, 25 mars 2006)

Frédéric Pichon

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ? C’est précisément d’Espagne que nous vient un précieux opuscule que les Editions Hora Decima ont eu la bonne idée de traduire avec une préface de Thibault Collin. Javier Barraycoa, jeune professeur de sociologie à l’université de Barcelone nous livre un essai incisif sur le naufrage du pouvoir depuis l’âge des Lumières et ses vestiges post-modernes. Parce que l’individualisme introduit par la Réforme et les Lumières est absolument incompatible avec la fonction réelle du pouvoir politique, nous assistons à sa décomposition lente, à base médiatico-consumériste, mais aussi à l’émergence d’un paradoxal rôle normatif de ce dernier d’essence totalitaire. « Le meilleur des mondes de Huxley est beaucoup plus réel aujourd’hui que lorsque son auteur l’imagina » souligne Javier Barraycoa en s’appuyant sur un corpus d’auteurs aussi divers que Weber, Tocqueville ou Bonald. Parce que le pouvoir n’est plus synonyme d’autorité, parce que les atomes individuels tolèrent cet État faute de l’accepter, « la volonté générale n’existe tout simplement pas ». Et l’auteur de pointer de façon très précise les maladies du pouvoir politique, parmi lesquelles la formidable confusion qui consiste à « relativiser l’universel et universaliser le relatif ». Au final, un programme philosophique en dix points, avec comme consigne ultime celle de « cesser d’avoir peur de penser et d’agir ». Un essai revigorant.

(Monde et vie, 11 mars 2006)

Falk van Gaver

Héritier talentieux des travaux du visionnaire Tocqueville, dont il cite généreusement et heureusement le prophétique De la démocratie en Amérique, mais aussi de ceux qu’Hannah Arendt et Eric Voegelin, l’universitaire barcelonais Javier Barraycoa met à nu quelques paradoxes de la modernité et montre la logique interne de ces apparentes contradictions : l’autorité disparaît et le pouvoir s’etend, l’avènement de la démocratie est celui du totalitarisme, l’individualisme grandit avec le renforcement de l’Etat, le sentiment de liberté remplace les libertés réelles [...] Un livre à mettre entre toutes les mains pour saisir la substance étatique du monde dans lequel nous vivons, un livre qui devrait être au programme de tous les étudiants en sciences historiques, politiques et sociales.

(La Nef, mars 2006, n° 169)



Jeronimo Molina

Jeune professeur de sociologie à Barcelone, Javier Barraycoa, venu de la philosophie, a une trajectoire qui mérite d’être soulignée tant pour la solidité de ses recherches des dernières années que pour la richesse de ses travaux scientifiques, menés loin du sociologisme qui est devenu la doxa de l’homme contemporain. Dans son dernier ouvrage, Sobre el poder en la modernidad y la posmodernidad (Scire/Balmes, Barcelone, 2002), il décide d’aborder un sujet non seulement complexe mais désormais presque absent du discours de la sociologie académique : le pouvoir moderne et postmoderne, sa réputation et ses figures. Le point de départ de Barraycoa est la confusion qui règne depuis longtemps autour de cette notion, et la difficulté à définir le pouvoir de manière intellectuellement acceptable et autrement que par des descriptions plus ou moins opportunistes. [...]

(Catholica, n. 81, automne 2003)

Philippe Maxence

Objet d’étude ou réalité contraignante, le pouvoir fascine. A la frontière de la sociologie et de la philosophie, c’est en « sociothérapeute » que Javier Barraycoa, professeur à l’université de Barcelone, reprend la question. Sa thèse ? La société est à guérir, car elle se délite au profit d’un individualisme sans bornes et d’une disparition de la spécificité politique. Si la modernité transforme en réalité arbitraire l’idée de pouvoir, l’auteur voit dans l’émergence de l’absolutisme la première étape concrète de sa sécularisation. Une fois la souveraineté des rois remplacée par celle des peuples, le pouvoir n’avait plus qu’à développer ses conséquences extrêmes dans le totalitarisme, comme le montrera Hannah Arendt. S’inspirant également des travaux de Voegelin, Barraycoa montre la dimension gnostique de la modernité politique, qui donne pour mission à l’État de réaliser l’humanisation du monde. Un processus de mutation du pouvoir auquel le sociologue espagnol propose de remédier à travers dix pistes de réflexion.

(Le Figaro Magazine, 18 février 2006)